17 novembre 2006
Congo:Jean-Pierre Bemba conteste les résultats de l'élection présidentielle congolaise
Jean-Pierre Bemba conteste les résultats de l'élection présidentielle congolaise
Je ne peux pas accepter ces résultats qui sont loin de refléter la vérité des urnes" : candidat malheureux du second tour de la présidentielle en République démocratique du Congo, Jean-Pierre Bemba a annoncé, jeudi 16 novembre, qu'il rejetait les résultats donnant la victoire au sortant Joseph Kabila, et annoncé qu'il allait les contester en usant de "toutes les voies légales pour faire respecter la volonté [du] peuple".
La Commission électorale indépendante (CEI) a donné, mercredi soir, les résultats du second tour de la présidentielle du 29 octobre, créditant le président sortant Joseph Kabila de 58,05 % des voix, contre 41,95 % à Jean-Pierre Bemba. Plus de 2,6 millions de voix séparent les deux candidats.
Du côté du camp Kabila, le porte-parole de l'Alliance de la majorité présidentielle, Olivier Kamitatu, a indiqué que "le candidat Bemba a pleinement le droit d'user de moyens légaux pour contester. Il lui appartient maintenant de produire les preuves de ses allégations".
LA CEI ESTIME AVOIR "FAIT SON TRAVAIL"
M. Bemba reproche à la CEI de n'avoir pas, "à sa grande surprise et comme convenu, notifié aux candidats les résultats afin de leur permettre de réagir dans le délai de quarante-huit heures". Il accuse aussi la CEI de n'avoir répondu qu'à deux de ses six requêtes concernant les résultats partiels publiés entre le 5 et le 16 novembre, "d'ailleurs d'une manière nullement satisfaisante". M. Bemba souligne avoir notamment demandé des explications sur les "1 481 291 personnes qui ont voté en dehors de leur circonscription électorale et qui constituent environ 10 % du vote exprimé".
La CEI a fait savoir jeudi soir qu'elle estimait avoir "fait son travail". "Les contestations doivent être adressées à la Cour suprême. Nous lui avons déjà transmis toutes les délibérations", a déclaré son rapporteur, Dieudonné Mirimo.
L'UE FÉLICITE M. KABILA
Le directeur de cabinet de M. Bemba, Fidèle Babala, a assuré jeudi matin que le camp Bemba ne fomentait aucun "trouble" et allait jouer son rôle d'opposition parlementaire, à condition que "la sécurité de M. Bemba soit garantie".
Peu après l'annonce des résultats, Joseph Kabila s'est présenté à la télévision comme le président de tous les Congolais, les invitant à "la fraternité et la tolérance", et prévenant que la campagne électorale, émaillée d'incidents meurtriers, était terminée. Son Alliance de la majorité présidentielle a à son tour appelé à "l'unité et la réconciliation", assurant que tout le monde aurait "sa place" et "un rôle à jouer" pour la reconstruction du pays.
L'Union européenne et la Commission européenne ont d'ores et déjà "félicité" Joseph Kabila pour sa victoire, tandis que la Belgique, ex-puissance coloniale, s'est contentée de "prendre note" des résultats et que Paris a salué "le civisme" des Congolais.
16 novembre 2006
Les enfants "sorciers" de Kinshasa
Source: le monde
A la nuit tombante, lorsque tout Kinois tenant à sa peau presse le pas pour regagner un logement lointain et incertain, ils restent seuls dans les rues défoncées du quartier résidentiel de la Gombe. Certains n'ont guère plus de 10, 12 ans, mais ils ont tout leur temps. La rue, sa pénombre et ses dangers, est leur domicile. Le jour, ils cherchent à cirer les chaussures, rançonnent les automobilistes dans les embouteillages. La nuit, ils font la plonge dans les restaurants ou insistent pour garder les voitures.
Tapi dans l'ombre, Alphonse, bouille d'enfant mais rage d'adulte, propose ses services non loin du quartier général de l'ONU. Après la mort de sa mère, malade du sida, la nouvelle épouse de son père l'a mis à la porte. Depuis deux ans, il n'est jamais rentré chez lui.
Une chanson du musicien Papa Wemba a baptisé dans les années 1990 ces moineaux du bitume congolais. Pour tous, ils sont alors devenus les "shégués", probable adaptation locale de "Che Guevara", audace et violence comprises, mythologie révolutionnaire en moins. Depuis dix ans, les guerres qui ont ravalé Kinshasa la flamboyante au rang de métropole déchiquetée, les ont déversés en masse. "Ils sont 30 000, peut-être 50 000, dans tout le pays. C'est une véritable armée, résume un responsable politique congolais. Ils ont grandi dans la rue et n'ont rien à perdre."
Enfants abandonnés devenus voyous des rues, accusés de sorcellerie, ils forment un concentré ravageur de toutes les plaies de la société congolaise, la partie la plus visible de la cour des miracles qu'est devenue Kinshasa. Armée de réserve de tous les manipulateurs politiques, prêts à vendre leur force de nuisance au plus offrant, à la fois victimes et délinquants, les shégués sont sortis de l'ombre à chaque fois que la rue s'est invitée dans la campagne de l'élection présidentielle dont les résultats doivent être rendus publics ces jours-ci.
FUSILLADE ET RAFLE
Pour une poignée de francs congolais, un tee-shirt, voire un discours désignant "les étrangers" comme responsables de leurs malheurs, les shégués peuvent perturber une manifestation, gonfler un meeting, s'infiltrer dans le camp d'en face, créer l'insécurité dont on accusera ensuite l'adversaire.
"Regardez-les, lance, inquiet, un commerçant posté derrière sa fenêtre donnant sur le rond-point Forescom, l'un des points sensibles de la ville, quand je les vois se rassembler comme ça, je sais que des événements se préparent."
La dernière fois, c'était le samedi 11 novembre, alors que l'entourage de Jean-Pierre Bemba, donné perdant face au président sortant Joseph Kabila, venait de dénoncer les "erreurs systématiques" dans la comptabilisation des votes. Quelques grappes d'adolescents et de jeunes ont brûlé des pneus à proximité de la résidence de M. Bemba, provoquant les forces de l'ordre. Au cours d'une fusillade de trois heures, trois civils et un policier ont été tués. La nuit suivante, 337 jeunes dont 87 mineurs avaient été raflés et envoyés loin de Kinshasa "pour les initier aux travaux des champs".
Déjà, le 19 septembre, au lendemain de l'incendie de locaux d'une chaîne de télévision appartenant à Jean-Pierre Bemba, les gamins des rues avaient prêté main-forte aux milices de ce dernier pour protester contre ce qu'ils présentaient comme un attentat. Des pneus avaient été brûlés, des coups de feu tirés en l'air, les casques bleus et les chars de la Mission d'observation des Nations unies au Congo (Monuc) harcelés. "Ils avaient pris possession de la rue, attaquaient les taxis, terrorisaient les gens en les bloquant dans la rue, raconte un témoin. Ici, l'Etat est presque absent et chacun sait qu'il peut perdre la vie pour très peu de chose."
Une rafle avait suivi, visant 800 personnes, dont 181 enfants. Ces derniers avaient été rapidement libérés après intervention de l'Unicef et d'organisations de défense des droits de l'homme, au grand dam de la presse gouvernementale, prompte à voir dans des shégués manipulés par les amis de Jean-Pierre Bemba les principaux responsables de l'insécurité ambiante. "Nous ne les contrôlons pas, se défend Thomas Luhaka, secrétaire exécutif du Mouvement pour la libération du Congo (MLC), parti de M. Bemba. Les shégués considèrent que le MLC, parti d'opposition, lutte contre l'autorité, alors ils viennent de notre côté. Mais nous ne les encourageons pas. Ils risqueraient alors de se retourner contre nous."
Dans un pays où, de l'électeur de base au ministre, le soutien politique se monnaie à tous les échelons, les shégués sont devenus "des boucs émissaires commodes. Toute la classe politique les manipule, constate Josué Remoué, coordinateur de la campagne "Enfant des rues" de Médecins du monde qui soutient des actions de protection sanitaire, d'accueil et de réinsertion à Kinshasa. Leur rôle dans les manifestations est monté en épingle et leur politisation exagérée. Sans les shégués et leurs multiples petits boulots, la ville ne tournerait pas".
L'exploitation politique de ces jeunes errants masquerait ainsi un immense scandale social : le doublement, en dix ans, de cette population d'enfants livrés à eux-mêmes et persécutés par ceux qui sont censés les protéger, les membres des "forces de l'ordre". Des policiers recrutent des shégués, garçons et filles, et s'en servent comme appât ou comme guetteurs pour protéger des cambriolages ; ils les menacent pour leur extorquer le produit de leurs larcins, abusent d'eux sexuellement, indiquent les multiples témoignages recueillis par Human Rights Watch (HRW) dans un rapport publié en avril.
Sur le diagnostic, tous les observateurs s'accordent : la misère et les déplacements forcés consécutifs à la guerre ont fait exploser les solidarités familiales, tandis que décuplait le nombre des orphelins, en raison du sida et de la chute de l'espérance de vie en dessous de 50 ans.
EXORCISMES
"C'est presque toujours la même histoire, raconte un responsable d'ONG (organisation non gouvernementale). L'oncle ou le beau-père qui a recueilli l'enfant cherche à s'en débarrasser parce qu'il ne peut plus assumer. Il cherche un argument pour justifier sa mise à l'écart et trouve un pasteur qui lui en donne un : cet enfant est un sorcier."
Les enfants, en particulier ceux qui souffrent de troubles du comportement, ont supplanté les vieilles femmes comme cibles des accusations de sorcellerie, explique HRW. Qu'un malheur déferle sur une famille, et voilà cloué au pilori l'enfant turbulent, énurétique ou issu d'un premier lit. Si le sida contamine un de ses parents, c'est qu'il le lui a transmis. Le voilà non seulement orphelin mais rejeté. Les accusations de sorcellerie visant les shégués ont prospéré au rythme de la prolifération des "Eglises de réveil", spécialisées dans l'exorcisme des esprits maléfiques. Leurs pasteurs autoproclamés exigent une rémunération non seulement pour désigner qui est sorcier dans une famille, mais aussi ensuite pour "délivrer" l'enfant concerné.
"Nous n'avons pas eu le droit de manger pendant trois jours, a expliqué Bruno, 12 ans, à HRW. Le quatrième jour, le prophète a placé nos mains au-dessus d'un cierge pour nous forcer à avouer." Enfants fouettés, contraints à marcher sur des tessons de bouteilles, enfermés dans le noir : les témoignages sur les mauvais traitements convergent. Comme ceux sur la faillite des institutions - école, services sociaux, justice - qui pourraient limiter les dégâts.
Pourtant, la bombe sociale que constituent ces bataillons de jeunes violents et désespérés n'a guère été évoquée pendant la campagne électorale. Dans un Congo occupé à survivre et où tout est à reconstruire, y compris la dignité des populations, les shégués ne suscitent guère de compassion. Plutôt la colère et l'angoisse.
Philippe Bernard
RDCongo: Joseph Kabila remporte l'élection présidentielle
source:AFP
Le président sortant de République démocratique du Congo (RDC) Joseph Kabila a remporté le second tour de l'élection présidentielle du 29 octobre avec 58,05% des suffrages exprimés, a annoncé mercredi soir la Commission électorale indépendante (CEI) à la télévision nationale.
Le plus jeune chef d'Etat africain (35 ans), désigné en 2001, a obtenu 58,05% des voix contre 41,95% à son adversaire le vice-président Jean-Pierre Bemba, avec un taux de participation de 65,36%.
L'écart entre les deux candidats est de 2.616.957 voix.
Si la Cour suprême de justice, en charge du contentieux électoral, confirme ces résultats, Joseph Kabila, arrivé au pouvoir après l'assassinat de son père le président Laurent-Désiré Kabila, deviendra le premier président élu au suffrage universel direct de l'ex-Zaïre.
L'annonce de ces résultats provisoires complets de la CEI intervient dans un climat extrêmement tendu à Kinshasa, largement acquise à l'ex-rebelle Bemba dont le camp a multiplié les déclarations virulentes ces derniers jours, mettant en cause l'impartialité de la commission électorale et prévenu qu'il n'accepterait "pas un hold-up électoral visant à voler au peuple congolais sa victoire".
La capitale, encore sous le choc d'affrontements à l'arme lourde entre troupes des deux candidats en août, a été à nouveau secouée samedi par des violences meurtrières qui ont fait quatre morts aux abords de la résidence officielle du vice-président.
12 novembre 2006
Situation trouble aujourd’hui à Kinshasa
Ce samedi matin a été marqué par des tirs de la police pour un mouvement de protestation organisé par une centaine d’enfants de la rue contestant les résultats provisoires du deuxième tour de l’élection présidentielle.
Un groupe d’enfants de la rue, communément appelés "shégués", s’étaient massés aux environs de 10 heures autour d’un immeuble du quartier des affaires de la commune de la Gombe appartenant au vice- président Jean-Pierre Bemba, l’un des deux candidats aux présidentielles pour une marche devant les conduire au bureau de ce dernier, en passant par les installations de la CEI, en vue de "le déclarer vainqueur de ces élections".
Selon le ministre congolais de l’Intérieur, le général Denis Kalume, le groupe, qui arborait des bandeaux rouges sur la tête, a commencé à manifester de la nervosité dès le début de la marche, provoquant des passants et leur lançant des quolibets, ce qui a amené la police à intervenir en tirant en l’air pour disperser le mouvement qui était en train de dégénérer, les manifestants ayant intégré en leur sein "des hommes en armes habillés en civil. Ils cherchaient alors à occuper les deux grandes avenues parallèles du quartier sur plus de deux kilomètres".
A la mi-journée, le ministère de l’Intérieur, qui préconisait déjà l’intervention de l’armée pour "assurer la sécurité des hommes et de leurs biens", selon le ministre Kalume, a attendu les conclusions de la mission de bons offices que menait auprès du vice-président Jean- Pierre Bemba, le représentant du secrétaire général de l’ONU en RDC et chef de la mission onusienne dans ce pays, M. Lacy Swing.
Plus tard dans l’après-midi, la tension avait baissé alors que tous les commerces, les écoles et les bureaux s’étaient vidés de leurs occupants et que des troupes se tenaient en alerte maximum, dressant des barrières sur les principales artères du centre-ville.
La semaine qui s’achève a été marquée par des appels au calme, à la suite de nombreuses protestations radiotélévisées des partisans de Jean-Pierre Bemba contre les résultats provisoires publiés par la CEI.
Ces résultats, qui concernent plus de 80% des bureaux de vote, donnent une avance de plus de deux millions de voix à Joseph Kabila qui récolterait 60% des suffrages exprimés,
06 novembre 2006
Présidentielle au Congo: Kabila en tête
Des premiers résultats partiels donnent M. Kabila en tête de la présidentielle au Congo
La Commission électorale indépendante (CEI) a commencé à diffuser les premiers résultats de l'élection présidentielle du 29 octobre en République démocratique du Congo (RDC), pour tenter de mettre fin aux rumeurs qui circulent depuis plusieurs jours dans la capitale, Kinshasa. Selon un décompte partiel, portant sur 5 % des quelque 25 millions d'électeurs inscrits, le président sortant Joseph Kabila devance son adversaire, le vice-président Jean-Pierre Bemba, à l'issue du second tour du scrutin.
Le décompte, effectué dans 12 des 169 circonscriptions du pays, donne 68,5 % des suffrages exprimés à M. Kabila, contre 31,5 % à M. Bemba. Ces résultats ont été publiés, samedi 4 novembre, sur le site Internet de la CEI. Le taux de participation s'élève sur l'ensemble de ces 12 circonscriptions à 70,8 %.
"IRRESPONSABILITÉ DÉCONCERTANTE"
La CEI a précisé que ce décompte partiel "ne permet aucune spéculation et/ou projection de tendance concernant les résultats des deux candidats". Les résultats provisoires complets de la CEI sont attendus d'ici au 19 novembre. Les chiffres définitifs doivent être proclamés par la Cour suprême de justice au plus tard le 30 novembre, après l'examen d'éventuels contentieux.
Les résultats partiels affichés samedi illustrent le caractère ethnique du vote : M. Kabila obtient entre 93 % et 98 % des voix dans six circonscriptions de l'est du pays, sa région d'origine. De son côté, M. Bemba arrive largement en tête dans l'Ouest et dans trois circonscriptions d'Equateur, son fief électoral situé dans le nord-est du pays. Il devance également M. Kabila dans deux circonscriptions du Bas-Congo, dans le Sud-Ouest, avec 60 % et 86 % des voix.
Après un vote calme au second tour, les camps de M. Kabila et de l'ancien chef rebelle Jean-Pierre Bemba, qui avaient respectivement obtenus 44,8 % et 20 % des voix au premier tour, ont alterné engagements apaisants et déclarations incendiaires. A Kinshasa, les états-majors politiques ont fait circuler, par Internet ou téléphones portables, des chiffres non officiels, proclamant la victoire de leur candidat respectif. Samedi, l'organe de régulation des médias en RDC a dénoncé "l'irresponsabilité déconcertante" de ces responsables.
13 septembre 2006
France : Un ancien ministre de pétrole du Congo soutient le combat politique du général Ngouélendélé
10 septembre 2006
Le parti de Joseph Kabila dominera le Parlement congolais
Source: le monde
Trois jours de violences et une trentaine de morts, à Kinshasa, au moment de la proclamation des résultats du premier tour du scrutin présidentiel, fin août, avaient douché l'enthousiasme collectif suscité par les élections générales "historiques" du 30 juillet en République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre). Les résultats des élections législatives, compilés pendant plus d'un mois, soulevaient une autre crainte : celle d'assister à un émiettement des 500 sièges de l'Assemblée nationale, disputés par 9 709 candidats sur l'ensemble de la RDC, qui paralyserait, à l'avance, l'action du futur gouvernement.
A cet égard, les résultats proclamés vendredi 8 septembre sont rassurants. Deux formations arrivent nettement en tête. Le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) de Joseph Kabila obtient 111 sièges, auxquels s'ajoutent ceux de l'Alliance pour la majorité présidentielle (AMP). Cette coalition de partis pratiquement virtuels devrait cumuler entre 200 et 230 sièges, s'approchant ainsi de la majorité absolue (251 sièges). Quant au Mouvement pour la libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, arrivé second au premier tour de l'élection présidentielle, il obtient 64 sièges, auxquels devraient s'ajouter ceux de sa coalition, le Regroupement des nationalistes congolais (Renaco) et ceux de ses futurs alliés.
Derrière ces deux "poids lourds", deux formations vont jouer un rôle de pivots : la Codeco, de Pierre Pay Pay, avec une trentaine de sièges, et le Parti lumumbiste unifié (Palu) d'Antoine Gizenga, avec 34 sièges. La fragmentation redoutée est donc évitée, avec l'émergence d'un Parlement où la future majorité sera en mesure de gouverner et l'opposition de jouer son rôle. De plus, l'AMP voit se renforcer sa capacité à nouer des alliances en vue du second tour de l'élection présidentielle grâce à la perspective de son contrôle de la majorité parlementaire, clef pour la désignation du premier ministre, des ministres... et donc de la répartition des prébendes, nerf des tractations politiques.
En dépit de ce facteur stabilisant, de lourdes incertitudes continuent de peser sur le second tour du scrutin présidentiel, prévu le 29 octobre. Les efforts de la Mission des Nations unies au Congo (Monuc) et de la communauté internationale pour lier par un pacte les camps de Joseph Kabila et de Jean-Pierre Bemba n'ont pas abouti et leurs forces militaires, renforcées en armes et en munitions, se font toujours face à Kinshasa.
Jean-Philippe Rémy
27 août 2006
RDC: Après la suspension des hostilités, Kinshasa reprend vie
Source: le monde
Pour leur baptême du feu, les forces internationales chargées de la protection des élections générales en République démocratique du Congo (RDC) ont eu de la chance. Les combats qui ont éclaté entre les forces des deux principaux candidats lors de la proclamation, dimanche 20 août, des résultats de l'élection présidentielle, auraient pu embraser l'ensemble de la capitale, puis le pays. Après trois jours d'affrontements, les tirs ont cessé, grâce à une combinaison heureuse d'éléments.
La Mission des Nations unies au Congo (Monuc), avec ses 17 600 casques bleus, a déployé une dizaine de blindés dans Kinshasa dès dimanche, lorsqu'il a fallu protéger le président de la Commission électorale indépendante (CEI) pour lui permettre de se rendre, sous les balles, jusqu'à un studio de la télévision nationale pour y proclamer les résultats.
La situation s'est aggravée, mardi, lorsque des blindés et des troupes de la Garde spéciale de la sécurité (GSSP) du président Joseph Kabila, ont encerclé la résidence de son rival, Jean-Pierre Bemba, alors que s'y trouvaient quatorze diplomates venus tenter de ramener le calme. La Force de l'Union européenne (Eufor), chargée de jouer le rôle de force de protection rapide pour la Monuc, est alors entrée en jeu. L'Eufor ne disposait, au début des troubles, que d'un millier d'hommes à Kinshasa, dont la majorité n'appartient pas à des unités combattantes, en plus d'un autre millier prépositionnés au Gabon.
Mardi, 130 hommes de la légion espagnole ont été déployés aux environs de la résidence officielle de M. Bemba, sur le principal boulevard de Kinshasa, pour s'interposer entre les deux camps. La petite zone tampon ainsi créée a contribué à éloigner les adversaires qui, du reste, ont fui le combat rapproché, préférant adopter la tactique de la "guerre du bruit". Ce qui consiste à tirer en abondance en l'air pour signaler à l'ennemi qu'on tient une position.
RETRAIT DES BLINDÉS
Quoique spectaculaires, les combats, n'ont pas été d'une violence extrême. Alors que les blindés de la Garde du président Kabila tiraient au canon de 122 mm, appuyés par des mortiers et des lance-roquettes, un diplomate qui se trouvait dans la résidence se souvient de sa "surprise" de ne pas voir le bâtiment touché. "Si la résidence avait été visée directement, elle aurait été détruite, au moins en partie. La violence (limitée) des combats ne correspond pas à l'importance des moyens déployés", constate un expert des questions militaires. Seul l'hélicoptère de Jean-Pierre Bemba, devant le fleuve, a été carbonisé, atteint sans doute par une roquette tirée à proximité tandis qu'à l'intérieur, "Bemba apportait des Fanta toutes les deux heures", se souvient le même expert.
Surtout, un contact téléphonique a été établi dès le début des tirs entre le président et le groupe des diplomates. Après avoir affirmé tout ignorer de l'attaque, le chef de l'Etat s'est engagé à ordonner un cessez-le-feu.
Cet ordre a fini par aboutir au retrait des blindés, alors que des combats à la Kalachnikov continuaient. Mais les pressions effectuées sur les deux ennemis, conjointement au déploiement de la Monuc et de l'Eufor, sont finalement parvenues à les convaincre de faire cesser les affrontements, mercredi.
"Pour cette première expérience, la chaîne de commandement a bien fonctionné au sein de l'Eufor, et la réaction a été rapide, observe un spécialiste. S'il avait fallu détruire les chars de Kabila, ce qui aurait eu des conséquences politiques bien plus lourdes, il aurait fallu plus de temps pour recevoir l'ordre de tirer." Cette action conjointe de la Monuc et de l'Eufor a "sauvé le processus électoral", a déclaré le commandant de la force européenne, le général français Christian Damay, s'engageant à ce que le binôme intervienne "chaque fois que le processus électoral sera menacé".
Depuis, Kinshasa a repris vie timidement. Samedi 26 août au matin, la capitale restait sur ses gardes, consciente que la tension entre les forces des deux candidats était loin d'être dissipée. "On est sur le fil. Le moindre incident peut tout faire exploser à nouveau", s'inquiète une source du renseignement. Jean-Pierre Bemba est persuadé que sa vie est menacée.
Dans le camp adverse, Kikaya Bin Karubi, secrétaire particulier du président Kabila, affirme être certain que "Jean-Pierre Bemba ne compte plus que sur un coup de force, et (que), pour cela, il fera tout pour empêcher la tenue d'un second tour. Puisque ses militaires se cachent dans les quartiers de la ville, il faut les passer au peigne fin un par un".
Dans ce climat, il est difficile d'imaginer qu'une rencontre entre Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba, réclamée par la communauté internationale, puisse sauver le processus électoral et permette d'organiser, le 29 octobre, le second tour de l'élection présidentielle.
Jean-Philippe Rémy
24 août 2006
RDC: Calme précaire à Kinshasa après trois jours de combats
source: LE MONDE
Depuis trois jours, l'artère qui irrigue le coeur de Kinshasa a cessé de battre. Sur le vaste boulevard du 30-Juin, qui traverse la capitale congolaise, les tirs ont cessé, mais nul n'a pu encore ramasser les morts des combats qui se sont déroulés la veille et l'avant-veille autour de la "résidence officielle" de Jean-Pierre Bemba, le président du Mouvement de libération du Congo (MLC). Bemba est supposé affronter le président Joseph Kabila au second tour de l'élection présidentielle, le 29 octobre. Depuis l'annonce des résultats, dimanche soir 20 août, les deux candidats semblent plutôt compter sur les armes de leurs forces respectives pour décider du sort du processus électoral mis en place avec un fort soutien international. Face à ces troubles, la force européenne Eufor a dépêché en renfort à Kinshasa environ 200 soldats et une soixantaine d'hommes des forces spéciales en provenance du Gabon, qui viennent s'ajouter aux 1 100 militaires européens déjà basés dans la capitale congolaise.
Des blindés de la Monuc, la Mission de l'ONU au Congo, sont déployés le long de ce tronçon du boulevard du 30-Juin où les forces loyales au président Kabila, quelques heures plus tôt, tentaient de prendre d'assaut la résidence de Jean-Pierre Bemba. Sous pression internationale, les deux camps ont accepté de mettre fin aux combats en milieu de journée, mardi. A une centaine de mètres de la "résidence officielle", trois hommes en uniforme de la police, tués quelques heures plus tôt, gisent encore sur le macadam.
Quelques passants se hâtent sur le boulevard, matelas et valises en équilibre sur la tête. Des habitants du quartier qui profitent du calme soudain pour fuir les lieux. Non loin, un groupe de soldats de Jean-Pierre Bemba, embusqués dans un petit restaurant voisin, chiffon d'étoffe rouge autour du bras en signe de reconnaissance, sortent avec précaution. Un coup de feu isolé a claqué.
La garde présidentielle a mené l'assaut, lundi et mardi, contre les deux résidences de Jean-Pierre Bemba. A moins d'un kilomètre, l'un des bastions de M. Bemba s'est transformé en camp retranché. Il bénéficie désormais d'une protection de blindés de la Monuc.
En fin de journée, mardi, la morgue de la ville recensait quatorze corps, alors que d'autres cadavres se trouvaient encore dans les rues, portant le nombre des victimes à "deux ou trois dizaines, au minimum", selon une source onusienne.
A l'échelle d'une ville de 7 millions d'habitants comme Kinshasa, le chiffre est faible, sans doute parce que la violence est restée circonscrite au quartier du centre, la Gombe.
A Matonge, un des quartiers populaires de la capitale, la vie reprend à peine. On sort pour quelques emplettes avant de rentrer chez soi. Un camion de la police passe sur l'avenue Victoire. Il est hué par les jeunes du quartier. "On ne cherche que la vie. Pourquoi ces gens-là ne nous laissent pas grandir un peu ?", interroge l'un d'eux.
Quant aux quartiers éloignés, ouvertement hostiles au pouvoir en place, on les sent en ébullition. La police, accueillie par des volées de pierres, y a ouvert le feu ces derniers jours pour arrêter des débuts de pillage ou pour disperser des attroupements, tout en mettant en place un dispositif visant à interdire l'accès du centre aux habitants de la "cité", lesquels ont voté majoritairement pour Jean-Pierre Bemba.
Des policiers armés ont dressé des barrages et tiennent en joue les avenues qui convergent vers le quartier de la Gombe, pour empêcher tout déferlement contestataire.
Au cours d'une conférence de presse, mardi, au camp Tshatshi, où le nombre des officiers supérieurs dominait largement celui des journalistes, le chef d'état-major général des armées, le général Kisempia Sungilanga, s'est efforcé de minimiser la portée des événements des jours précédents, affirmant être décidé à "initier une enquête judiciaire afin d'identifier les meneurs de ces actes antipatriotiques", imputables à des "militaires indisciplinés", tout en soulignant "l'apolitisme et la neutralité de l'armée".
GAGES DE BONNE VOLONTÉ
Après avoir presque commis l'irréparable en attaquant, lundi, la résidence de Jean-Pierre Bemba, où se tenait une réunion avec quatorze diplomates, le camp présidentiel tente désormais de donner des gages de bonne volonté.
Les élections "historiques" du 30 juillet ont coûté 450 millions de dollars, ce à quoi s'ajoute le budget de la Monuc, qui devrait atteindre 1,5 milliard de dollars en 2006.
"Si une partie l'emporte par les armes ou à la faveur des événements, sans permettre au processus électoral d'aller jusqu'au bout, nous aurons assisté au coup d'Etat le plus cher de l'Histoire", soupire un observateur. "On ne sait pas si cela va tenir, mais les deux camps sont encore à peu près disciplinés, souligne de son côté un responsable des forces internationales. C'est une chance. Tant que les hommes obéiront à leurs chefs, on pourra calmer la situation. Mais si les durs des deux bords décident de jouer leur va-tout et que des groupes deviennent autonomes, alors là..."
Jean-Philippe Rémy
23 août 2006
En RDC, les partisans de Kabila et ceux de Bemba ont accepté une trève
Source: le monde
Les soldats de la garde républicaine du président congolais Joseph Kabila et les combattants soutenant son rival malheureux de l'élection présidentielle, le vice-président sortant Jean-Pierre Bemba, ont accepté, mardi 22 août dans la soirée, de mettre fin à plusieurs jours d'affrontements à l'arme lourde dans différents quartiers de Kinshasa, a annoncé l'ONU. Les deux camps ont signé un accord de retrait de leurs troupes du centre de la capitale."Ils ont tous accepté de revenir à leurs positions initiales et de poursuivre les négociations. Nous attendons de voir s'ils vont prendre cela au sérieux ou non", a commenté un responsable de l'ONU à l'issue de la rencontre, organisée entre les partisans des deux rivaux par les représentants de la Mission de l'ONU en RDC (Monuc), de la force européenne Eufor et de la mission européenne de police Eupol.
Victoire assurée pour Kabila ?
Le 30 juillet en RDC avaient lieu les premières élections législatives et présidentielle multipartites depuis 40 ans. Au terme du premier tour, Joseph Kabila, le président sortant, est largement en tête, avec 44,81 % des suffrages. Jean-Pierre Bemba, qui pendant la guerre avait dirigé le Mouvement de libération du Congo (MLC), arrive deuxième avec 20,03 % des voix. Les deux hommes se sont lancés dans la chasse aux soutiens des 30 autres candidats en vue du second tour.
Etant donné l'écart de voix au premier tour, L'Avenir, quotidien congolais proche du pouvoir, ne voit pas d'autre vainqueur possible que Joseph Kabila : "Un 2e tour serait inutile et ravageur pour J.-P. Bemba", titre son éditorialiste. Et de commenter : "Si le leader du MLC ne le comprend pas, c'est qu'il n'y a vraiment plus d'issue pour lui." ( - Le Monde.fr, avec AFP)
L'ONU a effectué tout au long de la journée un important travail de conciliation pour aboutir à cet accord. Le représentant spécial du secrétaire général, William Swing, a appelé à une rencontre entre M. Kabila et M. Bemba, et réclamé une "cessation immédiate" des affrontements entre les deux camps, "pour le bien du processus démocratique, et surtout pour la population congolaise qui a déjà trop souffert des conflits armés".
TROIS JOURS D'AFFRONTEMENTS
M. Kabila avait déjà montré des signes de bonne volonté, en appelant au cantonnement immédiat des éléments de la garde présidentielle et des hommes du vice-président. "Tout ce qui importe pour l'instant, c'est que la situation redevienne normale à Kinshasa", a-t-il déclaré.
Pour la troisième journée consécutive, Kinshasa a connu des violences, mardi. Les tirs à la mitrailleuse lourde ont repris près de la résidence du vice-président, Jean-Pierre Bemba, au bord du fleuve Congo, déjà visée lundi par des tirs nourris de la garde présidentielle. Pour la première fois, des tirs ont été entendus dans le quartier de Ndjili, dans l'est de la ville, non loin de l'aéroport international. Selon une source militaire de la Monuc, "ces accrochages opposent des hommes des deux camps" .
Les deux partis en présence se sont mutuellement accusés d'avoir été à l'origine de "provocations" ayant dégénéré en affrontements à l'arme lourde dans les rues de la capitale. Le camp Kabila a accusé les militaires de Bemba d'avoir enlevé deux soldats de la garde présidentielle et d'avoir tiré à proximité de la présidence, tandis que le camp Bemba a dénoncé une agression contre le vice-président et mis en garde contre une tentative de déstabilisation des institutions.
L'EUFOR MOBILISE SES RENFORTS
Depuis l'annonce des résultats du premier tour de l'élection présidentielle, dimanche, au moins cinq personnes ont été tuées et une dizaine blessées. Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba, respectivement premier et deuxième du scrutin du 30 juillet, seront départagés le 29 octobre, lors du second tour.
Lundi soir, la force européenne avait obtenu un retour au calme en déployant une compagnie d'intervention rapide espagnole, avec 150 hommes et une dizaine de blindés. L'Eufor, force militaire européenne à vocation essentiellement dissuasive, a annoncé mardi qu'elle avait commencé de transférer un millier de soldats en réserve au Gabon à Kinshasa, doublant ainsi ses effectifs dans la capitale.
Avec AFP et Reuters







