19 novembre 2005
Blaise Compaoré, réélu pour un troisième mandat
La victoire de Blaise Compaoré est écrasante : selon les résultats officiels publiés vendredi 18 novembre par la commission électorale, il a obtenu 80,30 % des suffrages à la présidentielle de dimanche.
La commission doit à présent transmettre les résultats du scrutin au Conseil constitutionnel qui, une fois les recours éventuels examinés, devra valider la réélection de M. Compaoré dans un délai de huit jours.
Le président sortant affrontait onze adversaires se réclamant pour la plupart de l'héritage de Thomas Sankara, père de la "révolution" du Burkina Faso, arrivé au pouvoir en 1983 et tué durant le putsch qui porta en 1987 M. Compaoré, son ancien frère d'armes, à la tête du pays. Les partis d'opposition avaient échoué à se regrouper en un front uni, laissant la voie libre au puissant parti de Compaoré, le mieux implanté dans le pays.
Aucun des onze adversaires n'a atteint la barre des 5 %, y compris son principal challenger, Benewendé Stanislas Sankara, arrivé deuxième avec un modeste 4,94 % des voix. Dans l'Oubritenga (centre), son principal fief, M. Compaoré a recueilli 95,76% des suffrages contre 0,84 % pour Benewendé Sankara. Le taux de participation a atteint environ 58 %.
SCRUTIN GLOBALEMENT ÉQUITABLE
Avant même l'annonce des résultats définitifs, Jacques Chirac et Laurent Gbagbo avaient félicité Blaise Compaoré pour sa réélection, un succès "obtenu dans la transparence", selon le président français.
De fait, les décomptes portant sur plus de la moitié des 45 provinces du pays, publiés par les médias, donnaient dès mardi le président sortant vainqueur du scrutin dès le premier tour.
Les observateurs internationaux de différentes organisations, notamment africaines, ont jugé satisfaisant le déroulement du scrutin. Ils ont toutefois pointé la disproportion des moyens mis en œuvre durant la campagne, entre le président sortant et une opposition d'autant plus démunie qu'elle se présentait divisée.
Avec AFP et Reuters
13 novembre 2005
Présidentielle au Burkina: fermeture des bureaux de vote
Présidentielle au Burkina: fermeture des bureaux de vote
AFP
13.11.2005 - 21:18
Les bureaux de vote ont fermé dimanche à 18h00 (locales et GMT) au Burkina Faso à l'issue du premier tour de l'élection présidentielle dans laquelle le président-candidat Blaise Compaoré est largement favori. Quelque 3,9 millions de burkinabè étaient appelés depuis 6H00 à choisir parmi douze candidats, dont Blaise Compaorè, au pouvoir depuis 18 ans, et onze adversaires de l'opposition, qui participait à ce scrutin présidentiel pour la première fois depuis le rétablissement du multipartisme en 1991. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) a toutefois fait savoir dimanche après-midi à la radio que les électeurs qui seraient bloqués dans une file d'attente à l'heure de la fermeture des bureaux (18H00) seraient autorisés à voter. A 18H00 exactement, Chantal Zala, présidente du bureau numéro 1 de l'école Sinyiribe de Ouagadougou, la capitale burkinabè, demande aux policiers de fermer la salle de classe après avoir vérifié que personne n'attendait pour voter. "Tout s'est très bien passé, ce matin on a eu beaucoup d'affluence, après, les gens venaient au compte-goutte. Je pense que plus de 50% des 706 inscrits ont voté", précise-t-elle avant de faire déplacer les tables pour entamer le dépouillement. Dans les trois autres bureaux de cette école, le taux de participation tourne également autour de 50%, et la fermeture qui coïncidait avec la tombée de la nuit s'est faite à 18H00 précise, a constaté l'AFP. Jusqu'à la dernière minute, des électeurs se sont présentés pour remplir leur devoir de citoyen, la plupart parce qu'ils travaillaient dans la journée. L'opposition avait réussi à envoyer des représentants dans certains bureaux, surtout le PAREN de Laurent Bado et l'UNIR/Mouvement sankariste de Me Bénéwendé Sankara. Pour Innocent Mustapha Sakandé, président d'un autre petit bureau de vote, "la journée a été longue, je suis debout depuis 05h00 ce matin, je n'ai pas bougé de la journée et maintenant on commence le dépouillement. Sinon tout s'est très bien passé". Un bon déroulement confirmé à l'AFP par une observatrice francophone présente dans ces bureaux de vote. Le président de la CENI, Moussa Michel Tapsoba n'a relevé "aucun incident grave", qualifiant le déroulement des opérations de globalement satisfaisant". La CENI a toutefois relevé des incidents qualifiés de "mineurs", notamment des bulletins de vote en nombre insuffisant dans certains bureaux ou des noms d'électeurs ne figurant pas sur les listes.
Blaise Compaoré au seuil d'un troisième mandat présidentiel
Burkina : Blaise Compaoré au seuil d'un troisième mandat présidentiel
Pays pauvre mais politiquement stable, le Burkina Faso devait voter, dimanche 13 novembre, pour élire son président de la République. L'intérêt du scrutin ne vient pas d'un quelconque suspense sur l'identité du vainqueur. Blaise Compaoré (54 ans), président depuis 1987, dont le portrait tapisse les murs de Ouagadougou, devrait être réélu dès le premier tour, tant sont grandes son habileté à diviser ses opposants ou à les rallier moyennant finance, et sa popularité auprès de la population, dont la moitié vit pourtant au-dessous du seuil de pauvreté.
En revanche, le taux de participation des 3,9 millions d'électeurs et le score des onze candidats de l'opposition constitueront de précieuses indications sur l'évolution démocratique du "pays des hommes intègres" (traduction de Burkina Faso). Les précédentes élections de Blaise Compaoré, en 1991 et 1998, avaient été boycottées par l'opposition.
Le scrutin de ce dimanche est pluraliste et le débat plus ouvert, même si les moyens dont dispose le candidat sortant sont sans commune mesure avec ceux de l'opposition. Même si, d'autre part, le droit d'observer le déroulement des opérations électorales vient d'être refusé au Mouvement burkinabé des droits de l'homme et des peuples.
Le régime s'est quelque peu ouvert après la crise sociale et politique qui a suivi, en 1998, l'assassinat du journaliste Norbert Zongo par des membres de la garde présidentielle. Ce dernier enquêtait sur un meurtre mettant en cause le frère du président. Blaise Compaoré a lâché du lest, notamment sur la liberté de la presse, mais, comme vient de le rappeler Reporters sans frontières, l'instruction sur l'affaire Zongo reste bloquée.
L'une des dernières manifestations de cette libéralisation a été l'adoption, en 2000, d'une réforme constitutionnelle réduisant la durée du mandat présidentiel de 7 à 5 ans. Mais tandis que l'opposition estime que cette disposition aurait dû interdire une nouvelle candidature du chef de l'Etat, après ses deux septennats, le pouvoir estime que la nouvelle règle ne vaut que pour l'avenir. Ce qu'a confirmé le Conseil constitutionnel, en octobre. Pour protester, Hermann Yaméogo, farouche opposant du président a retiré sa candidature, dénonçant par avance "des manipulations, des subornations et des techniques électorales et informatiques perfides" devant mener à "la consécration de la République monarchique absolue". Le principal challenger du président, Bénéwendé Sankara, un avocat de 46 ans, se réclame de Thomas Sankara, le père de la "révolution" tué en 1987 lors du coup d'Etat mené par Blaise Compaoré, l'un de ses anciens compagnons de lutte.
Se targuant d'une croissance économique de 4,1 % en 2004 et de son rôle de leader dans le combat contre les subventions américaines au coton qui pénalisent les producteurs africains, Blaise Compaoré invite les électeurs à conserver "un capitaine dont l'équipe gagne". Promettant à ses concitoyens "le progrès continu pour une société d'espérance", le président a mis l'accent sur les efforts de formation qui doivent valoriser l'agriculture, principale ressource du pays, et développer le secteur tertiaire. Il promet aussi de lutter contre l'insécurité qui se développe.
Philippe Bernard
10 novembre 2005
Malgré une politique économique modèle, le Burkina Faso ne sort pas de la misère
C'est dans une atmosphère sereine que le Burkina Faso votera, le 13 novembre, pour désigner son président entre treize candidats, dont le sortant, Blaise Compaoré : pas d'affrontements ethniques comme on en connaît souvent en Afrique ; une capitale embellie qui accueille aussi bien des sommets politiques qu'un festival cinématographique ou un salon de l'artisanat réputés ; un pays jeune où 80 % des 13 millions d'habitants ont moins de 25 ans.
Ce pays modèle commence à toucher les fruits d'un travail acharné pour combler les handicaps d'un Sahel aride et enclavé. A la surprise générale, il a surmonté la crise ivoirienne. Celle-ci lui avait fermé le port d'Abidjan, renchéri ses importations, compliqué ses exportations de coton et de bovins et chassé de leurs plantations ivoiriennes 350 000 Burkinabés : l'année 2003, qui a suivi les convulsions chez son voisin, a été couronnée par un taux de croissance de 8 %. L'inflation y demeure inférieure à 3 %.
Ses cultivateurs ont fait de ce pays le premier producteur d'Afrique de coton. Par ailleurs, après huit ans et 230 millions d'euros de travaux, le barrage de Ziga permettra de doubler le nombre des abonnés à l'eau de la capitale, Ouagadougou. Quant aux dépenses en faveur de l'éducation, elles ont bondi de 10,5 % du produit intérieur brut (PIB) en 2001 à 20 % en 2004.
Bon élève de la Banque mondiale, du FMI et de l'Union européenne, le pays a confié au secteur privé 27 de ses 59 entreprises publiques dans le coton, la téléphonie ou l'hôtellerie. En 2006, il privatisera l'Office national des télécommunications (Onatel) et ouvrira le capital des sociétés publiques gérant l'électricité (Sonabel) et les hydrocarbures (Sonabhy).
Mais, malgré un taux moyen de croissance de 5,5 % au cours des dix dernières années, le Burkina ne parvient pas à se tirer de la misère et dispose d'un très chiche revenu annuel par tête de 300 dollars (255 euros). Il est classé 175e sur 177 pays selon l'indice de développement humain. Les deux tiers de la population sont analphabètes. La pauvreté semble progresser aussi inexorablement que la désertification : on y dénombrait 44,5 % de pauvres (moins d'un dollar par jour) en 1994, 45,3 % en 1998 et 46,4 % en 2003.
ALLÉGER LE FARDEAU DE LA DETTE
Un sol peu fertile, les criquets et des pluies rares n'expliquent pas tout. Le Burkina dépend trop d'une agriculture dont vit 80 % de la population active et d'une culture cotonnière 70 % des exportations deux fois moins productive que chez les champions américains... eux subventionnés.
Il n'est donc pas étonnant que la croissance fasse le Yo-yo au gré des pluies et des cours mondiaux, dans les deux cas en régression en 2005. L'industrie n'est pas assez vaillante pour amortir le choc, car elle pâtit de la contrebande et de l'invasion de produits asiatiques bon marché : elle a perdu 22 % de ses effectifs en cinq ans.
Pour affronter ces vents contraires et faire face à un lourd renchérissement de sa facture énergétique, le Burkina Faso ne peut pas compter sur ses seules forces. En effet, si ses gouvernants veulent atteindre le taux de croissance de 7 % annuel dont ils rêvent, il faudra que le fardeau de la dette soit allégé ; la décision des pays riches du G8, en septembre, d'annuler la dette de 18 pays très pauvres va dans le bon sens. Le Burkina, qui fait partie des pays retenus, y consacre 129 millions d'euros par an.
Mais il faudra aussi de l'argent frais. 55 millions d'euros de dons et prêts en provenance de la Banque mondiale viendront abonder les fonds contre la pauvreté et le sida. Les 360 organisations non gouvernementales qui oeuvrent dans la santé, l'éducation ou le développement rural, continueront à être très bienvenues, car elles injectent bon an mal an une cinquantaine de millions d'euros. Au Burkina, il est vital d'inverser les facteurs du proverbe et d'aider ses habitants pour qu'ils puissent s'aider eux-mêmes.
Alain Faujas





